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Derniers chiffres officiels

113 condamnés à mort attendent leur exécution dans les "couloirs de la mort" au Maroc (2014)
En 2012, 6 peines de mort ont été prononcées au Maroc et 10 en 2013.

Une situation en totale contradiction avec :

  • - les engagements pris par le Maroc avec les instances de droits de l'Homme,
  • - les recommandations de l'Instance Equité et Réconciliation (IER)
  • - la nouvelle constitution qui se réfère au droit à la vie et au droit international.

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Nouvelle constitution marocaine

EXTRAITS

Article 20 : “ Le droit à la vie est le droit premier de tout être humain. La loi protège ce droi t”.

Article 22 : “ Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique. (...) ”

Abolition !

Le Maroc sera-t-il le second pays arabe (après Djibouti) à abolir la peine de mort? Le royaume pratique depuis 1993 (date de la dernière exécution) un moratoire de fait.
Le débat
est lancé. Juristes, syndicats et partis politiques sont interpellés. Les associations plus que jamais mobilisées.
Le Maroc renforcera-t-il encore son image de pays soucieux des droits de l'homme en abolissant définitivement la peine de mort ?
liste des articles -

ACTU

L'Afrique en marche vers l'abolition. Le Burundi et le Togo abolissent. Le Kenya commue toutes les condamnations à mort (4000). Le Gabon a définitivement aboli la peine de mort (loi votée en février 2011), suivi du Bénin (en août 2011).

Ailleurs : Les élus du Sénat et de la Chambre des représentants du Maryland (Est des Etats-Unis) devraient voter dans les prochains jours une proposition de loi visant à abolir la peine de mort(fév/mars 2013) 

En Tunisie, bien qu'ayant signé le 20 décembre 2012, avec 109 autres Etats, le moratoire des Nations Unies sur l'application de la peine de mort, la Tunisie continue à condamner à mort. En février 2013, le 12 fév 2013, la chambre criminel de la cour d'appel de Sousse condamnait le tueur en série Kamel Lahouel.

En Algérie, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDDH) reçoit en nov. 2011 le feu vert de la présidence de la République pour entamer un programme national devant aboutir à l'abolition de la peine de mort dans la législation algérienne. Mais pourquoi cette proposition de référendum ?
Au Maroc, le mouvement du 20 février demande l'application des recommandations de l'IER dont l'abolition de la peine de mort. Un Collectif d'ONG appelait en mai 2011 le gouvernement à adopter l'abolition de la peine de mort et à l'inscrire dans la constitution. La Coalition mondiale contre la peine de mort a tenu son assemblée générale du 24 au 26 juin 2011 à Rabat.Le texte intégral de la réforme de la constitution proposée.
Art. 20 : "Le droit à la vie est le droit premier de tout être humain. La loi protège ce droit".
 

- Le Réseau des parlementaires abolitionnistes ont annoncé officiellement, le 4/04/13 lors d'une rencontre avec Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, leur participation au 5ème Congrès mondial contre la peine de mort  organisé par ECPM à Madrid du 12 au 15 juin 2013.  

Mai 2014 : Les détenus franco-marocains emprisonnés au Maroc ne sont plus transférés en France en raison de la suspension des accords de coopération judiciaires entre les deux pays. Ils envisagent de recourir à la grève de la faim pour être entendus. Parmi eux, plusieurs se disent victimes de tortures. Le Maroc semble craindre pleuvoir les plaintes pour torture, après l'affaire des plaintes contre le chef de la DGST Abdellatif Hammouchi

- La peine de mort en 2012 : la carte du monde

26 septembre 2003 5 26 /09 /septembre /2003 00:00

RABAT (AP) -- La Cour criminelle de Rabat a prononcé jeudi deux nouvelles condamnations à mort dans le cadre de la vaste enquête antiterroriste qui a suivi les attentats de Casablanca (45 morts le 16 mai).

La Cour criminelle a condamné à mort Abdelwaheb Rabbah et Ahmed Slimani, impliqués dans le vol d'un dépôt d'armes d'une caserne militaire à Taza et dans le meurtre d'un fonctionnaire de justice à Nador.

Ces condamnations à la peine capitale, régulièrement prononcée mais qui n'est plus exécutée dans le royaume depuis 1993, portent à 16 le nombre de condamnés à mort dans le cadre de l'enquête antiterroriste qui a entraîné le renvoi devant la justice d'un millier d'islamistes présumés.

Cet arrêt intervient alors que la Cour criminelle de Casablanca doit se prononcer dans la nuit sur le sort judiciaire des deux «théoriciens» présumés des attentats du 16 mai, les théologiens Hassan Kettani et Abdelwaheb Rafiki, dit «Abou Hafs», contre qui le procureur général du roi a requis la peine capitale.

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Published by Associated Press (AP) - dans Presse Maroc
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26 septembre 2003 5 26 /09 /septembre /2003 00:00

De lourdes condamnations, dont deux peines de mort, ont été prononcées jeudi par la justice marocaine qui continue de sévir contre les islamistes radicaux, exécutants comme "idéologues" impliqués dans des activités terroristes.De lourdes condamnations, dont deux peines de mort, ont été prononcées jeudi par la justice marocaine qui continue de sévir contre les islamistes radicaux, exécutants comme "idéologues" impliqués dans des activités terroristes.

La Chambre criminelle de Rabat a condamné à la peine capitale deux Marocains, Abdelouahab Rabii
(alias Rebâa) et Hamid Slimani, accusés préparation d'actes terroristes ainsi que du meurtre d'un fonctionnaire à Nador (nord) et du vol d'armes dans une caserne militaire. Les deux prévenus, ainsi que 12 autres accusés qui comparaissaient avec eux - condamnés à des peines de prison - étaient poursuivis pour "association de malfaiteurs" et "mise en péril de l'ordre public par le recours à la violence et atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat".

Ces condamnations à mort portent à 16 le nombre de peines capitales prononcées par les tribunaux marocains après l'adoption d'une nouvelle loi anti-terroriste, peu après les attentats-suicide de Casablanca qui ont fait 45 morts dont 12 kamikazes. De lourdes peines de prison, de trente et de vingt ans, ont été prononcées le même soir, par la chambre criminelle de Casablanca, à l'encontre de deux des principaux "théoriciens" islamistes marocains accusés d'avoir inspiré les attentats de Casablanca.

Le tribunal n'a pas suivi les réquisitions du procureur qui avait demandé des condamnations à mort pour ces deux prêcheurs, Abdelwahab Rafiki (Abou Hafs) et Hassan Kettani, condamnés respectivement à 30 et 20 ans de réclusion. Les deux fondamentalistes sont considérés par l'accusation comme d'importants animateurs du mouvement intégriste marocain Salafia Jihadia, colonne vertébrale présumée du terrorisme au Maroc.

Les mêmes juges de Casablanca ont prononcé, au cours de la même séance jeudi soir, près d'une trentaine d'autres peines de prison, dont une de réclusion à perpétuité, à l'encontre d'un rassemblement hétéroclite de prévenus qui faisaient l'objet d'une douzaine de dossiers d'accusation séparés. Ces condamnations en série s'ajoutent à celles déjà prononcées par divers tribunaux marocains dans le cadre des enquêtes liées aux attentats du 16 mai. Près d'une cinquantaine de peines de prison à vie et plusieurs dizaines de lourdes peines de réclusion, jusqu'à trente ans, ont ainsi été infligées.

Un seul étranger - le Français Pierre Robert, condamné à la réclusion à perpétuité - a pour l'instant été reconnu coupable d'une implication dans des actes terroristes commis au Maroc. Les peines ainsi prononcées - comme celle à l'encontre de Pierre Robert et des ses 31 "complices" présumés, ne peuvent faire l'objet d'appels et ne peuvent être remises en cause que devant la Cour de cassation.

Le ministre marocain de la Justice, Mohamed Bouzoubâa a déclaré le 9 septembre que 906 islamistes avaient au total été arrêtés à la suite des attentats de Casablanca, tout en ajoutant que le "péril est toujours là". Les cinq attentats quasi-simultanés perpétrés le 16 mai dernier ont visé des restaurants fréquentés par les étrangers, un hôtel et des cibles juives.

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Published by Agence France Presse (AFP) - dans Presse Maroc
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24 septembre 2003 3 24 /09 /septembre /2003 00:00

CASABLANCA, Maroc (AP) - Le procureur général de la cour d'appel de Casablanca au Maroc a requis dans la nuit de mardi à mercredi la peine mort à l'encontre de deux prédicateurs considérés comme les "idéologues" du mouvement clandestin "Salafiya Jihadia" (le salafisme combattant).

La "Salafiya Jihadia", qui entretient des "liens organisationnels avec Al-Qaïda", selon le ministère marocain de l'Intérieur, est accusée d'avoir inspiré les attentats de Casablanca qui avaient fait 45 morts, le 16 mai.

Le procureur général, Saoud Gherin, a requis la peine de mort contre Hassan Kettani et Abdelwaheb Rafiki - dit Abou Hafs et déjà condamné en 2002 pour "incitation à la haine et à la violence". Les deux hommes, qui prêchaient un islam radical anti-occidental et antisémite, ont été interpellés en février et en mars. Ils sont notamment accusés de "constitution de bande criminelle", "atteinte à la sûreté de l'Etat" et "tentatives d'assassinats".

Hassan Kettani et Abdelwaheb Rafiki, ont confirmé leur engagement islamiste à l'audience mais ont nié les charges matérielles censées démontrer leur "implication directe" dans les attentats du 16 mai.

"Ce sont eux les cerveaux des attentats", a déclaré le procureur général. Régulièrement prononcée, la peine de mort n'est plus exécutée au Maroc depuis 1993. Au total, la peine capitale a été prononcée contre 12 islamistes impliqués dans la vaste enquête antiterroriste qui a suivi les attentats de Casablanca.

Près d'un millier de militants islamistes font actuellement l'objet de poursuites judiciaires.

Les avocats de la défense s'étaient retiré mardi de l'audience pour protester contre le refus de la cour d'entendre des témoins à la barre. Le verdict est attendu jeudi.

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Published by Associated Press (AP) - dans Presse Maroc
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19 septembre 2003 5 19 /09 /septembre /2003 00:00

RABAT (AFP) - L'islamiste français Pierre Robert, accusé d'activités terroristes au Maroc, a échappé jeudi à la peine de mort qui avait été requise contre lui, mais a été condamné à la réclusion à perpétuité.De lourdes peines de prison ont également été prononcées par la Chambre criminelle de Rabat à l'encontre des "complices" marocains du Français, dont deux autres peines de prison à vie et 22 peines allant de 10 à 30 ans d'emprisonnement. Seuls deux prévenus ont été acquitté

Le tribunal n'a pas suivi les réquisitions particulièrement sévères de l'avocat général de Rabat qui avait notamment réclamé la peine capitale contre Pierre Robert et onze co-accusés.

L'avocat français venu à Rabat pour assister Pierre Robert, Me Vincent Courcelle-Labrousse, a déclaré qu'il était "naturellement soulagé que la peine de mort n'ait pas été prononcée" compte tenu des réquisitions qui avaient été faites.

Lui et son collègue marocain Me Abdelfattah Zahrach ont néanmoins jugé la sentence très sévère et annoncé leur intention d'utiliser tous les recours possibles - y compris, a dit Me Zahrach, la demande de grâce royale. Les prévenus disposent de huit jours pour se pourvoir en cassation.

Les avocats avaient demandé l'acquittement de leurs clients en faisant valoir l'absence de flagrants délits ou de preuves matérielles étayant l'accusation. Ils avaient rappelé les dénonciations de torture lancées par leurs clients qui n'avaient pas été suivies d'expertises médicales.

Me Vincent Courcelle-Labrousse avait pour sa part jugé "stupéfiant" que des peines capitales puissent être demandées dans le contexte de ce procès, estimant que la police avait "bâclé" son travail et que le dossier de son client était "vide".

Le tribunal a retenu contre l'accusé français les charges d'association de malfaiteurs, de préparation d'actes terroristes, de détention d'armes et d'atteinte à la sûreté de l'Etat.

Les deux autres condamnations à perpétuité ont sanctionné deux prévenus intégristes accusés d'avoir participé au meurtre d'une femme à Tanger. Le procureur n'avait pas évoqué d'implication directe des accusés dans les attentats terroristes du 16 mai à Casablanca, qui avaient fait 45 morts, dont 12 kamikazes.

Il les tenait pour responsables de la "préparation d'actes terroristes contre des sites commerciaux et touristiques" notamment à Tanger (nord), Fès (centre), Rabat et Meknès (centre).

Une convention judiciaire franco-marocaine signée en 1981 ouvre la voie à un transfèrement de Pierre Robert qui lui permettrait de purger sa peine en France. Mais une telle procédure, qui n'est possible qu'après une condamnation définitive, doit être sollicitée et acceptée par les autorités judiciaires au cas par cas.

Le procès de Pierre Robert, très médiatisé en raison même de la présence d'un européen parmi les intégristes accusés, se déroulait en même temps qu'une dizaine d'autres procès d'islamistes radicaux dans le royaume. Plus de cent islamistes y sont actuellement jugés, devant divers tribunaux marocains, notamment à Casablanca, Fès et Rabat.

D'autres grands procès anti-terroristes ont déjà été menés à leur terme, avec notamment quatorze condamnations à mort, parmi lesquelles figurent celles des trois kamikazes qui ont survécu aux attentats du 16 mai.

Le ministre marocain de la Justice, Mohamed Bouzoubâa a déclaré le 9 septembre que 906 islamistes radicaux avaient au total été arrêtés à la suite des attentats du 16 mai à Casablanca, tout en ajoutant que le "péril est toujours là".

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15 septembre 2003 1 15 /09 /septembre /2003 00:00

RABAT (AFP) - La peine de mort a été requise lundi à Rabat contre Pierre Robert, le Français poursuivi au Maroc dans le cadre de l'enquête sur les attentats-suicide du 16 mai à de Casablanca.
Au moins onze autres "peines maximales" - des peines capitales - ont été requises par le procureur de la chambre criminelle de Rabat pour d'autres inculpés du groupe des 33 "complices" présumés de l'intégriste français.



Le procureur a précisé que les peines demandées n'étaient pas liées à une implication directe des prévenus dans les attentats terroristes du 16 mai à Casablanca, mais qu'elles concernaient la "préparation d'actes terroristes contre des sites commerciaux et touristiques notamment à Tanger, Fès, Rabat et Meknès"

Dans son réquisitoire, le procureur a cité le casino de Tanger (nord) et un supermarché de la même ville parmi les cibles des actes terroristes en préparation, précisant qu'ils auraient pu être "plus graves encore" que ceux perpétrés à Casablanca.

Le procureur, qui a isolé un groupe de 10 prévenus - parmi lesquels Pierre Robert - accusés d'être "les plus dangereux", a affirmé que les inculpés ont voulu préparer "le renversement du régime marocain et son remplacement par un autre". Il a requis la peine maximale contre deux autres membres du groupe qui sont accusés du meurtre d'une femme à Tanger.

La détention d'armes et de produits servant à fabriquer des explosifs sont des éléments déterminants dans l'enquête qui a été menée, a indiqué le procureur.

Originaire de Saint-Etienne (France), marié à une Marocaine et père de deux enfants, Pierre Robert avait été arrêté le 3 juin à Tanger (nord) dans le cadre d'un vaste coup de filet policier opéré dans les milieux islamistes après les attentats de Casablanca.

Le Français, dont le procès s'est ouvert le 25 aôut, avait assuré le 8 septembre avoir effectué en 1998 des "enquêtes" dans les milieux islamistes, en France et en Belgique, pour le compte des services secrets français, et laissé planer un doute sur des lien qu'il aurait pu conserver avec ce service.

Pierre Robert et ses 33 "complices" sont poursuivis pour "constitution d'association criminelle, complicité dans l'atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, complicité dans l'homicide volontaire avec préméditation, fabrication et détention d'armes et d'explosifs".

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19 août 2003 2 19 /08 /août /2003 00:00

CASABLANCA (AFP) - Quatre peines de mort ont été prononcées dans la nuit de lundi à mardi par le tribunal de Casablanca, contre les trois kamikazes "rescapés" des attentats-suicide perpétrés le 16 mai dans cette ville et contre un quatrième intégriste impliqué.
De très lourdes peines de réclusion, dont 37 peines à perpétuité, 17 peines de trente ans et 16 de vingt ans, ont par ailleurs été prononcées contre la plupart des prévenus, qui étaient au nombre de 87 au total, tous membres présumés de la Salafia Jihadia, un mouvement intégriste accusé d'être derrière les cinq attentats qui ont fait 45 morts dont 12 kamikazes. Onze autres peines ont été échelonnées entre 6 et 10 ans de prison tandis que deux prévenus s'en sont tirés avec des condamnations à 10 mois de prison, pour "dissimulation d'un criminel".


Les peines capitales concernent trois kamikazes qui ont renoncé à leur acte au dernier moment, le soir des attentats. Il s'agit de Mohamed El Omari, un gardien de nuit de 23 ans, de Rachid Jalil, un soudeur de 27 ans, et de Yassine Lahnech, un marchand ambulant âgé de 22 ans. Une quatrième peine de mort a été prononcée contre Hassan Taoussi, âgé de 24 ans, considéré comme un important chef de réseau de la Salafia Jihadia, impliqué directement lui aussi dans les attentats du 16 mai. Tous les quatre étaient poursuivis pour "homicides volontaires avec préméditation, sabotage, atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat et constitution d'une association criminelle".

Les quatre "théoriciens" islamistes qui comparaissaient devant la chambre criminelle de la cour d'appel de Casablanca - statuant en première instance - ont été condamnés l'un à la prison à vie, les trois autres à 30 ans de réclusion criminelle. Le premier, Miloudi Zakaria, 35 ans, était accusé d'avoir eu "un rôle clé dans l'action des groupes extrémistes au Maroc" et de s'être distingué par "ses prêches au ton belliqueux et ses appels au jihad (guerre sainte) contre les gouvernants". Il dirigeait l'association Assirat Al Mostaquim directement impliquée dans les attentats. Les trois autres "théoriciens" sont Mohammed Fizazi, un instituteur de 55 ans, Abdelkrim Chadli, 43 ans, docteur en philosophie, et Omar Haddouchi, 42 ans, marchand ambulant, poursuivis pour "atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, association criminelle, sabotage et incitation à la violence".

Les nombreuses condamnations à la prison à vie concernent pour la plupart des kamikazes "en réserve" qui étaient programmés pour commettre des attentats suicide dans diverses grandes villes du royaume.
Le lecture du verdict a été rendue en partie inaudible par les cris des prévenus, qui scandaient notamment "Allah Akbar" (Allah est grand) et par ceux des membres de leurs familles présents dans la salle d'audience. L'un des avocats de la défense, Abderrahim Hakam, a déclaré que les condamnations avaient été "beaucoup plus lourdes que prévu" et que les prévenus en avaient été "profondément choqués". Il a dit espérer le succès d'un pourvoi en cassation qui reste possible dans un délai de huit jours.

Les cinq attentats de Casablanca, perpétrés le 16 mai au coeur de la capitale économique du Maroc, avaient visé un hôtel et des restaurants fréquentés par des étrangers ainsi que des établissements juifs. Le 12 juillet dernier, le même tribunal avait prononcé dix condamnations à mort dans le procès de 31 autres membres présumés de la Salafia Jihadia. Les condamnés, dont Youssef Fikri, présenté comme leur chef, avaient été arrêtés avant les attentats du 16 mai, dans le cadre de diverses affaires de meurtre et d'agressions.

Le procès des attentats de Casablanca s'est déroulé sous étroite surveillance, un important dispositif de sécurité ayant été déployé autour de la Chambre criminelle de la Cour d'appel de Casablanca - qui statue en première instance. Les prévenus comparaissaient à l'intérieur d'une cage en verre blindée aménagée dans la salle du tribunal. Immédiatement après les cinq attaques-suicide du 16 mai, qui ont secoué le Maroc, une vaste enquête a été menée dans les milieux islamistes radicaux, dans toutes les régions du royaume. Au total, 634 personnes ont été arrêtées et déférées devant les tribunaux de Casablanca, Rabat, Fès, Taza.

Dans un discours prononcé le 29 mai, le roi Mohammed VI du Maroc, qui commentait ces attentats, a notamment affirmé que "l'heure de la vérité a sonné", et annoncé la fin de "l'ère du laxisme".

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14 août 2003 4 14 /08 /août /2003 00:00

Prison centrale de Kénitra

La peine de mort est toujours en vigueur au Maroc. 108 détenus vivent, actuellement, sous son épée de Damoclès à la prison centrale de Kénitra. Comment se déroule leur quotidien ? C’est ce que nous avons eu l’occasion de partager avec eux à l’occasion de ce rerportage. Récit.

Comment vivent-ils ? Que ressentent-ils ? Quelle vision portent-ils sur eux-mêmes et sur les autres ? Une multitude de questions, nous taraudaient l’esprit à l’approche de l’heure fixée pour rendre aux condamnés à mort, incarcérés dans la prison centrale de Kénitra. Alors que les questions se chevauchaient, le grand portail de la plus célèbre prison du Royaume s’ouvrit devant nous. Un furtif regard sur
la montre indique la rigueur de la ponctualité dans cet endroit. 15 heures précises. Nous franchissons l’entrée pour nous retrouver dans un autre monde où règnent d’autres lois et d’autres règles de conduite.
A l’intérieur des murailles où trônent les postes d’observation, la vie carcérale obéit au temps, celui imparti à chaque prisonnier pour purger sa peine. Or, pour la catégorie des codamnés à mort, le temps s’arrête tant le moment de l’exécution les guette à chaque instant.
Lors de cette incursion dans ce monde sordide, on nous signala que le directeur était absent. Tant mieux, nous sommes-nous dit, au fin fond de notre pensée. La tournée ne serait pas assujettie au protocole d’usage ni aux préparatifs qui précèdent généralement ce genre de visite. Peine perdue, puisque Abdelhadi Blouz, le directeur de la prison centrale de Kénitra, ne tarda pas à nous rejoindre. Cela ne devait, toutefois, pas changer grand chose, étant donné que la visite elle-même obéit à des règles préétablies. En compagnie donc du directeur et escortés par une vingtaine de gardes, nous traversâmes de longs couloirs entrecoupés de portes blindées et soigneusement gardées. Entre chaque porte et tout au long de la distance parcourue, les gardes tonnaient les ordres pour libérer le passage. A ce moment précis, nous saisissâmes toute la portée de l’adage marocain qui dit ; “Addakhel Mafkoud wal Kharej Maouloud” (Celui qui entre en prison peut être considéré comme disparu et celui qui en sort connaît une deuxième naissance). Durant ce long parcours, le directeur ne cessait de nous répéter que la prison marocaine s’est insérée dans la nouvelle vision démocratique, notamment en ce qui concerne l’amélioration du cadre juridique et humanitaire de la vie carcérale. Nous n’allions pas tarder justement à découvrir, lors de notre passage, des salles de sport bien aménagées, des espaces de lecture et de musique où les prisonniers s’adonnaient à leurs hobbies.
D’ailleurs, profitant de notre présence, certains n’ont pas hésité à présenter leurs doléances au directeur qui les notait attentivement. Il faut bien dire que ce n’est pas tous les jours que pareille occasion se présentait pour eux. Bref, un instant volé de ce temps qui paraissait interminable et nous reprîmes le chemin du pavillon des condamnés à mort qui passe par le quartier B. Là-bas, au bout d’un long couloir, les pavillons I et II nous invitaient vers le monde de l’incertitude.

La plupart sont jeunes

Au premier contact avec cet espace, il apparut clairement que nous étions entrés dans une autre dimension de la vie carcérale. Un monde de silence où les détenus vivent complètement isolés, non seulement du reste de la prison, mais du monde extérieur. Certains condamnés à mort ont dépassé la soixantaine. D’autres, en revanche, nous paraissaient très jeunes. Renseignements pris, ces détenus ne dépassaient pas effectivement les vingt et un ans. Ces pavillons ou “couloirs de la mort” abritent 56 cellules auxquelles il faut ajouter 3 autres dont la construction venait à peine d’être achevée. Le règlement intérieur prévoit une cellule pour deux détenus. Mais la plupart des condamnés à mort préfèrent vivre seuls et affronter leur sort dans la plus grande solitude. Ce sont donc 108 condamnés qui croupissent là. Les cellules mesurent 3 mètres de longueur sur 1,5 de largeur. Et surprise, chaque cellule est dotée d’un téléviseur et d’un poste radio. En somme, un fil de contact avec l’extérieur dont les contours deviennent, au fil du temps, virtuels. Pour garder l’espoir et rompre avec la monotonie ambiante, certains s’adonnent au jardinage ou à l’entretien de chats ou de quelques oiseaux. En effet, devant certaines cellules, les détenus ont érigé des jardinières dignes des meilleures pépinières. C’est dire la passion pour la vie qui ne tient pour eux qu’à un fil bien fragile. Quoique surpris par notre visite, quelques détenus ont, par la suite, essayé de nous approcher pour nous souffler quelques messages ou présenter une quelconque requête.

Des règles strictes

Pour certains d’entre-eux, les années d’isolement leur ont fait perdre tout sens du contact humain. En effet, le règlement des visites des condamnés à mort est tout à fait récent. Auparavant, il fallait obtenir
une autorisation spéciale de l’administration pénitentiaire. On justifiait cette disposition par la crainte de voir introduire des repas empoisonnés. De même que dans certains cas, la visite était quasi impossible surtout si le détenu était coupable d’avoir assassiné un membre de sa famille. Et des précédents sont enregistrés. Parmi ces damnés de la terre, figure le plus vieux condamné qui attend son heure depuis 1982. Donc, depuis vingt ans, ce sexagénaire vit dans un isolement total malgré les visites espacées que lui rendait jusqu’en 1998 sa mère, décédée depuis. Lâchant un profond soupir, il nous dit : “je n’ai que Dieu sur terre. Depuis le décès de ma mère, je ne vois plus personne”. Caressant sa barbe blanche et contemplant longuement le ciel, il se tourna vers nous pour dire : “j’avais une sœur, mais je ne sais pas si elle est encore en vie. Elle doit avoir aujourd’hui près de quatre-vingts ans”. Ce prisonnier condamné à mort pour un meurtre ne craint plus l’exécution, puisqu’il a bénéficié d’une grâce royale qui a commué sa peine en détention à perpétuité. C’est toujours mieux. Alors profitant de son statut de doyen, il collabore avec la direction de la prison en effectuant des travaux ou en faisant le coursier. De quoi gagner quelques dizaines de dirhams. Juste le strict minimum pour s’acheter quelques articles de première nécessité. Toutefois, le cas de ce prisonnier n’est pas rare. Il faut dire qu’au Maroc, 99 % des condamnés à mort voient leur peine révisée. Donc, l’espoir de tous ces prisonniers repose sur une éventuelle grâce royale qui intervient généralement à l’occasion des fêtes nationales ou religieuses.

La mémoire tatouée

Ainsi, l’application de la peine de mort au Maroc est sujette aux circonstances. Cette peine n’est pas abolie, mais elle est momentanément suspendue. En général, l’exécution intervient en cas d’ultime nécessité pour “raison d’Etat”. Cela a été le cas pour l’ancien commissaire Tabit, considéré comme le dernier des condamnés à mort à avoir été exécuté en 1993.Avant lui, ce fut le cas de Mustapha Moutachawik (surnommé le “monstre de Casablanca”) et de son complice Bouchaïb, fusillés en 1982. Depuis lors, les 108 pensionnaires de ces pavillons ont dû changer bon nombre de leurs habitudes. Même ceux qui en ont entendu parler vivent dans la hantise et se rappellent, souvent dans le détail, les circonstances qui ont précédé l’exécution de Moutachawik et Bouchaïb. Ces derniers avaient défrayé la chronique en 1978 avec leurs enlèvements d’enfants, qu’ils violaient sauvagement avant de les assassiner et les jeter ensuite dans un puits près de la forêt de Bouskoura. Certains gardiens se souviennent, encore, de cette journée tristement mémorable et ont du mal à en raconter les épisodes tellement leurs propos sont entrecoupés de profonds soupirs (voir encadré 1). Conformément à la loi, au moment de l’exécution de la peine, la présence du juge ayant prononcé le verdict est obligatoire. Il répète devant les condamnés les termes du jugement, en présence du directeur de la prison, du médecin, des avocats de la défense, d’un imam ou de deux adouls. Généralement, la direction de la prison ignore tout du lieu de l’exécution. Seule l’autorité compétente (ministère de la Justice et Gendarmerie Royale) est habilitée à le savoir (voir encadré page suivante).

Entre Hollywood et réalité-show

Au lever du jour, la nouvelle de l’exécution de Moutachawik et Bouchaïb a parcouru tous les couloirs de la prison centrale de Kénitra. Un long silence a régné dans les pavillons des condamnés à mort. Il est sûr que chaque prisonnier méditait tout le long des jours suivants sur son propre sort. Chacun devait guetter le moment où il serait conduit devant le peloton d’exécution. L’événement a complètement chamboulé leurs habitudes et leur comportement. Désormais, les détenus ne se couchent qu’à l’aube, sachant que l’ordre d’exécution est toujours donné dans la nuit. Les gardiens viennent chercher le condamné quelques heures seulement avant le lever du jour. C’est en quelque sorte pour éviter toute mauvaise surprise qu’ils ne ferment plus l’oeil. Dans ces conditions, il est normal que la tension monte. D’ailleurs, plusieurs gardiens nous ont confirmé que, pour des considérations sécuritaires, ils ont mis des mois avant de pouvoir rentrer à nouveau dans le pavillon des condamnés à mort. En effet, par le passé, certains gardiens avaient fait l’objet d’attaques violentes de la part des détenus frôlant la folie. Il y eut même mort d’homme quand un groupe de condamnés enragés a pris en otage un gardien qui a été délesté de son arme et des clefs des portes de surveillance. Un autre a eu plus de chance puisqu’il est resté vivant après avoir été pris en otage et blessé par balle. Mais, en tout cas, les gardiens, comme il nous a été donné de le constater, s’acquittent de leur mission convenablement, malgré les dangers et surtout malgré la faiblesse des avantages matériels dont ils bénéficient. Il est impératif de revoir d’urgence la situation de cette catégorie de fonctionnaires exposés aux plus grands risques. Un signal d’alarme rudimentaire
Nous disions que les détenus commençaient à appréhender sérieusement l’heure de leur exécution. En effet, depuis le commissaire Tabit, qui a été exécuté quelques semaines à peine après sa condamnation, chaque détenu a eu recours à une sorte de signal d’alarme censé le protéger de la surprise fatale. Le procédé est très simple. Avant d’aller se coucher, le condamné à mort accroche à la porte de la cellule une petite barre de fer qui dénoncerait toute incursion discrète des gardiens. Ainsi, il ne sera pas pris au dépourvu au cas où on viendrait le chercher le jour “J”. C’est dire le climat de psychose latente et collective qui règne entre ces murs grisâtres. Mais ces dernières années, eu égard à l’évolution de la situation des droits de l’homme et surtout grâce à la collaboration de la direction avec l’Observatoire marocain des prisons, la situation commence à se détendre. Désormais, les détenus sortent peu à peu de leur isolement et peuvent déambuler librement à travers tous les quartiers de la prison. Ils sont même libres d’exercer leur sport favori et s’adonner à leurs loisirs. En somme, ils commencent à reprendre goût à la vie. Parmi les indices du changement positif, l’économe de la prison nous a informé que chaque détenu reçoit une prime quotidienne de 6 dirhams, à raison de 22 jours ouvrables. Ce qui donne un total de 132 dirhams à la fin du mois. Un pactole utile qui sert à acquérir quelques articles de toilette ou d’usage personnel.
En ce qui concerne l’âge de ces détenus, il faut dire qu’il y a de grands écarts. Mais le dénominateur commun est que l’écrasante majorité des condamnés à mort ont été incarcérés alors que leur âge ne dépassait pas les vingt et un ans. A ce propos, le psychiatre Benazzouz confirme que cette tranche d’âge se caractérise par le fait que l’individu est extrêmement impulsif et ne se rend compte de la gravité de son acte qu’une fois condamné et incarcéré. C’est justement à ce moment-là que commence le processus d’auto-flagellation suivi de crises de remords qui ont tendance à pousser les détenus vers une dépression permanente dont les signes extérieurs font qu’ils se recroquevillent sur eux-mêmes et s’isolent. D’où la préférence pour les cellules individuelles.

Le flou total

Toutefois, aucune statistique quant au nombre d’exécutions au Maroc n’est disponible. Même la direction générale ne peut fournir une telle information et pour cause. Durant de longues années, la prison centrale de Kénitra a vu défiler plusieurs catégories de condamnés à mort : de droit commun, des détenus politiques mais également les militaires impliqués dans les deux tentatives de coup d’Etat. Dans de nombreuses occasions, nous a dit un gardien, la direction de la prison était prise au dépourvu quand débarquaient des éléments de la Gendarmerie royale et donnaient l’ordre d’embarquer tel ou tel groupe de détenus. Personne ne savait vers quelle destination ils étaient acheminés. C’est pour cette raison, d’ailleurs, que personne ne sait exactement ce qu’il en est. Mais cela relève de l’histoire, nous a-t-on assuré.

L’espoir demeure

Désormais, la plupart des détenus affichent plus de sérénité. Certains disent même que l’actuelle époque ne permet guère d’exécuter la peine de mort, d’autant plus que le pays s’efforce d’être en conformité avec les législations internationales en matière de droits de l’homme.
Nombreux sont les optimistes quant à la commutation de la peine. C’est pour cela que le nombre de suicidés parmi les détenus a sensiblement diminué. Ce phénomène avait enregistré une recrudescence juste après l’exécution de Moutachawik et de Bouchaïb.
Mais depuis lors et même après l’exécution de Tabit, aucun suicide n’a été signalé. Malgré les remords qui les rongent et malgré l’auto-persécution, les détenus ne nient pas leurs actes.
Au fil du temps et avec le recul nécessaire, nombreux sont ceux qui justifient leur crime soit pour motif de vengeance soit pour vol. Ainsi en est-il de ce soldat qui a mitraillé deux de ses collègues à cause des persécutions qu’il subissait de leur part. Et malgré la gravité de son crime, il caresse l’espoir d’être grâcié et de recourer la liberté.
Une lueur d’espoir qui s’estompe graduellement à chaque fois qu’il croise le plus vieux détenu du pavillon qui, lui, a passé vingt-sept ans entre ces murs. Mais ne dit-on pas que tant qu’il y a la vie, il y a l’espoir ?
En tout cas, à comparer la situation actuelle avec ce qui prévalait dans les années soixante et soixante-dix, l’évolution est perceptible.
Le Maroc a changé et ses prisons aussi. Un air de liberté souffle également sur les couloirs des pénitenciers, y compris ceux de la mort. Il est important, à ce propos, de signaler la contribution des ONG et de quelques mécènes qui apportent un soutien précieux à la direction pour que l’atmosphère dans ces lieux devienne sereine.
Après tout, ces condamnés à mort demeurent des citoyens et le resteront jusqu’au moment où un Imam leur demandera d’exprimer un dernier vœu. Moment qui est de plus en plus espacé dans le temps.

Le mystère du lieu de l’exécution

Plusieurs rumeurs circulent au sujet de l’opération d’exécution des condamnés à mort. Mails il faut dire que le secret est bien gardé et que les témoins qui ont été obligés d’assister de par leurs fonctions, éprouvent une énorme gêne pour en parler par la suite. Ils se sentent quelque part responsables de la mort d’un être humain, fut-il coupable de crimes abominables. Ils préfèrent donc enfouir la scène au fond de leurs souvenirs. Toujours est-il que certains affirment que le lieu d’exécution des condamnés à mort se trouve sur la plage Chlihet, non loin de Mehdia. Ils s’appuient sur le fait que ce site sert de polygone d’entraînement pour l’armée. Autre rumeur qui circule au sujet de l’exécution : parmi les soldats du peloton d’exécution, il se trouve au moins un dont l’arme est chargée à blanc. Ainsi, aucun soldat ne se sent à 100 % coupable d’avoir personnellement tué le condamné. Le bénéfice du doute allège sa conscience. Bref, l’imagination des uns et des autres est alimentée souvent par les épisodes des productions hollywoodiennes. Mais ce qui est sûr, c’est que le corps est livré par la suite à la famille et que l’enterrement se fait dans la plus stricte discrétion. Comme ce fut le cas du dernier exécuté, le commissaire Tabit, enterré à la sauvette par un après-midi ensoleillé de l’été 1995, au cimetière Arrahma à Casablanca, qui venait tout juste d’être aménagé et dont il fut l’un des premiers hôtes.


Trois questions à... Abdelhadi Blouz,
directeur de la prison centrale de KÉNITRA

La Gazette du Maroc : y a-t-il un traitement spécial pour les détenus condamnés à mort ?

Abdelhadi Blouz : Oui, effectivement, la situation de ces détenus requiert un traitement spécial. Je peux même dire que chaque détenu requiert un traitement à part. La première des choses est de rendre confiance à ces personnes et de les préparer pour garder l’espoir malgré leur peine. Il y a, à ce sujet, l’espoir de commutation de la peine soit pour la perpétuité soit pour une peine limitée. Ces détenus vivent une situation psychologique précaire et certains pensent qu’ils seront exécutés du jour au lendemain. C’est pour cela que notre mission est difficile et notre chemin est semé d’embûches. Alors, nous étudions la question au cas par cas pour être en mesure d’apporter les solutions appropriées.

Quelles sont les dispositions particulières que vous prenez ?

Tout d’abord, nous avons tendance à supprimer certaines interdictions qui frappaient les condamnés à mort, surtout en ce qui concerne les visites. Par le passé, nous avions craint que certains détenus soient pris pour cible, soit par vengeance soit par règlement de compte. Mais aujourd’hui, rien ne justifie l’interdiction des visites. Ces condamnés sont placés, actuellement, au même niveau que les autres détenus et bénéficient des mêmes droits. Mieux, ils bénéficient de 175 grammes de viande rouge quotidiennement, du poulet et d’un litre de lait.

Qu’en est-il du phénomène du suicide parmi ces détenus ?

La diminution des cas de suicide est due essentiellement à l’allègement de la réglementation. Aujourd’hui, ces personnes peuvent exercer un sport, s’adonner aux arts, d’autant plus que la peine de mort est suspendue. Les condamnés à mort bénéficient également de cellules individuelles sachant qu’ils ont tendance à l’isolement. Donc, nous satisfaisons leurs doléances à 90% et nous espérons atteindre un seuil maximum. Le climat s’est beaucoup amélioré et nous avons constaté une nette diminution de querelles entre les détenus. C’est encore le résultat de l’effort de rééducation que nous entreprenons. Je ne veux pas dire que nous avons réalisé la prison idéale, sinon quel sens aurait encore la punition ? Toutefois, l’ouverture politique du Maroc et les avancées démocratiques ont contribué à humaniser davantage la vie carcérale. Désormais, les détenus sont perçus comme des êtres humains qui ont également des droits à côté des obligations.


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11 août 2003 1 11 /08 /août /2003 00:00

L'Association marocaine des droits humains a réclamé lundi l'abrogation de la peine de mort au Maroc, dans une lettre au ministre de la Justice, parvenue à l'AFP.

L'AMDH a notamment demandé "la promulgation d'une loi qui abroge la peine de mort (...), la non exécution des condamnations à la peine capitale prononcées par les différents tribunaux du royaume - dont les dix dernières condamnations contre le groupe de Youssef Fikri".

Le 12 juillet dernier, Youssef Fikri et neuf autres membres présumés du mouvement intégriste marocain Salafia Jihadia - impliqué dans les attentats du 16 mai -, ont été condamnés à mort par la Chambre criminelle de Casablanca.

L'AMDH s'est déclarée "satisfaite" d'une déclaration du ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ, où il a plaidé pour l'abrogation de la peine de mort.

"Je serais parmi ceux qui applaudiront quand la peine de mort sera abrogée au Maroc", avait notamment déclaré, le 6 août à Rabat, M. Bouzoubaâ lors d'une conférence de presse.

"Il y a un débat au sein des juristes marocains qui s'oriente vers l'abrogation de la peine de mort", avait ajouté le ministre de la Justice, également membre de l'Union socialiste des forces populaires.

Le Maroc compte actuellement 142 condamnés à mort. La dernière exécution capitale annoncée a été celle d'un commissaire de police condamné le 15 mars 1993 pour proxénétisme par la chambre criminelle de la Cour d'appel de Casablanca.

Des dizaines d'intégristes présumés comparaissent actuellement devant les tribunaux marocains. Plusieurs d'entre eux risquent d'être condamnés à la peine capitale pour avoir pris part "à divers degrés" aux attentats du 16 mai - qui ont fait 44 morts dont 12 kamikazes

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6 août 2003 3 06 /08 /août /2003 00:00
Le ministre marocain de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ, s'est déclaré mercredi favorable à l'abrogation de la peine de mort au Maroc, lors d'un point de presse à Rabat.

"Je serais parmi ceux qui applaudiront quand la peine de mort sera abrogée au Maroc", a notamment déclaré M. Bouzoubaâ qui répondait à une question sur dix condamnations à la peine capitale prononcées le 12 juillet à Casablanca contre des membres présumés du mouvement intégriste marocain Salafia Jihadia.
La condamnation à la peine capitale a été retenue dans la loi anti-terroriste entrée en vigueur en juin dernier, a rappelé M. Bouzoubaâ en soulignant que "l'application de cette peine a toujours été très rare".
"Il y a un débat au sein des juristes marocains qui s'oriente vers l'abrogation de la peine de mort", a-t-il encore affirmé.

Le roi Hassan II avait, en 1994, commué la peine capitale de 194 prisonniers en peine d'emprisonnement et "le roi Mohammed VI n'a pas jusqu'ici ordonné d'application de cette peine", a ajouté le ministre.

Il y a actuellement 142 condamnés à mort au Maroc, a indiqué M. Bouzoubaâ. "La procédure d'exécution dépend du refus de Sa majesté le roi d'une demande de grâce royale, présentée automatiquement au profit du condamné", a-t-il dit.
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29 juillet 2003 2 29 /07 /juillet /2003 00:00

Dans le couloir de la mort

La petite ville d’Azemmour avait fait les frais d’une bande de fous de la trique qui avaient sévi dans le milieu des jeunes adolescents. Il y a dix ans, tombait un policier qui avait défrayé la chronique pour viol et séquestration de mineurs livrés à eux-mêmes.
Une affaire d’homosexualité qui avait aussi traumatisé un bon nombre d’enfants qui aujourd’hui encore gardent un souvenir sombre de ces hommes qui abusaient d’eux.
A l’époque, Arbad Bouchaïb, policier de son état, a été écroué et condamné à mort. Le chef d’inculpation était lourd puisque l’ex-policier était aussi accusé d’abus de pouvoir pour obliger les mômes à venir dans sa chambre. Aujourd’hui, Arbad Bouchaïb ne nie rien de ce qu’on lui a reproché. Il dit avoir eu plusieurs rapports avec des mineurs, mais refuse toujours d’endosser tous les crimes des autres qu’on lui a «collés à la peau» comme si j’étais un monstre ou un sac à merde où ils avaient fourré toutes leurs affaires en suspens ”.


Amer et résigné
. Quand il est entré dans la pièce qui sert de lieu de rencontre avec les condamnés à mort de la Prison centrale de Kénitra, Arbad Bouchaïb avait ce regard qu’ont tous ceux qui en veulent à la vie. Ceux qui ont la conscience lourde, le cœur plein de remords et de regrets et qui ne trouvent aucune voie pour expier le mal d’hier ni guérir leurs propres blessures et surtout les fêlures causées aux autres. Le regard est éteint. On devine que Bouchaïb n’avait pas fixé quelqu’un dans les yeux depuis des années. Son œil est fuyant, bas, résolument ancré dans le passé, loin de ce jour où il devait tomber, laisser derrière lui des années de plaisir au milieu de corps d’éphèbes qu’il remodelait, façonnait et qui lui servaient de passeport pour le paradis des sens. On peut dire, à voir tituber cette silhouette frêle et pleine à craquer des vicissitudes de la vie, que Arbad Bouchaïb revient de l’enfer. Il n’y a pas l’ombre d’un doute, les traits sont striés avec des souvenirs qui en disent long sur la longue et inévitable chute vécue jusqu’à travers les fibres intimes de son âme.
L’enfer, c’est comment ? Cela ressemble-t-il à ce que l’on évoque dans les livres, avec ses chaudrons crépitants et ses mers de feu ? On aurait pu poser la question à cet homme et obtenir une réponse qui aura toute notre adhésion, notre croyance sincère, notre compassion de ce que l’on ne sait pas mais que l’on devine, par ricochet, sous les pensées des autres. Non, son enfer avait ce visage hideux composé de fragments d’autres figures sans noms, des dizaines de bouches qui implorent ou disent leur silence dans des rictus étranges. L’enfer selon Arbad avait la couleur délavée des mauvais rêves, une méduse en faction devant la porte et des têtes de serpents rongeant le cœur même des beaux jours.
Bouchaîb ne se doutait pas que lorsqu’un jour les délices de la chair allaient devenir feu calcinant, sa tête à lui serait celle, méconnaissable, d’un véritable satire qui se rira de lui-même jusqu’à la fin des temps… La tête en question est aujourd’hui longue, presque chevaline, le regard torve, la bouche édentée depuis cette époque où le mauvais alcool coulait à flots sur les flancs d’éphèbes langoureux. Il s’excuse de venir nous parler comme si toute initiative, tout mouvement qu’il entreprend devenait suspect. Et il ponctue chaque geste d’un “je ne sais pas…” qui était le fond même de ce qu’il vivait dans sa cellule. Le manque de clarté, le flou, la méconnaissance, l’ignorance de soi, de tout, de ce qu’il a été et de ce qu’il ne sera plus jamais. Cet homme est défait, décomposé, bouffé à vif par les vers de la culpabilité. Et si un jour toute la terre venait à oublier ses crimes, lui seul aura encore tout un désert à traverser avec des pancartes à chaque pas lui rappelant ce qu’il a fait.
Arbad Bouchaïb qui a fêté ses quarante ans le 4 août dernier derrière les murailles hautes peintes en jaune sale de la Prison centrale de Kénitra est un véritable Zemmouri. Une fratrie de sept frères et sœurs, un père aujourd’hui mort, le cœur plein de chagrin et une mère toujours vivante qui combat la honte et essaye de faire comme si tout cela n’a été qu’une mauvaise farce du destin. Son enfance s’est déroulée à Bab Laâguiba au milieu de gamins aussi insouciants que frétillants de vie qui n’avaient en tête que la rue, le jeu et les mauvais tours. Il n’a jamais été un mauvais garçon, il n’a jamais été porté sur les bagarres, les accrochages avec les autres. Un tantinet docile, il voulait être dans les bonnes grâces des autres, ne pas s’attirer la rancune de qui que ce soit pour tirer son épingle du jeu. On imagine ce gringalet de dix ans courant dans les ruelles pourries d’Azemmour, pieds nus et la tête dans le fleuve où il allait passer la majeure partie de la sainte journée. L’école était un lourd fardeau qu’il fallait porter le plus loin possible sans trop se fouler. Ca passe ou ça casse et si tout venait à capoter, il n’y a aucune place au remords : “je n’ai jamais été très doué, mais je faisais ce que je pouvais pour passer d’une classe à l’autre jusqu’au baccalauréat”. Faire ce qu’il fallait au cas où il serait un jour obligé de compter un peu sur ces vieux cahiers déchirés qu’il jetait à terre avant d’attaquer une course fébrile derrière d’autres gamins ou une partie de football entre copains devant l’école boudée. Pourtant, l’école reste un souvenir vivant dans la mémoire de Arbad Bouchaïb, avec ses zones d’ombre et de secrets qui ne seront jamais dévoilées…

Le feu de la chair

Entre le cours de mathématiques, où il s’ennuyait en comptant les mouches, et le cours de français qu’il appréciait un peu plus, mais juste ce qu’il faut, où il regardait hagard les mots nouveaux danser devant ses yeux, il y avait cette éternité de la vie qui l’écrasait de tout son poids et surtout l’ennui qui le taraudait jusque dans son corps comme une lame d’acier brûlante. “Je ne pensais qu’à une chose, mon sexe que je découvrais à l’adolescence”, dit Arbad Bouchaïb. C’est l’époque où les copains font des exercices de comparaison entre eux, des concours sur la base de la longueur et de la rondeur et où l’on rigole de cette chose amorphe et si étrange plantée par la nature entre les jambes des mâles et qui souvent, très souvent leur fait mal.
C’est aussi l’âge où Arbad Bouchaïb rêve d’un ailleurs qui le mènera loin de sa ville pour vivre d’autres plaisirs. Bouchaïb était perdu entre son corps et ceux des autres gamins qui évoluaient autour de lui. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, pourquoi il se raidissait à la vue d’autres garçons alors que ses semblables n’avaient de cesse de s’épancher sur les rondeurs des fillettes et les poitrines naissantes des voisines. “Très tôt, c’est venu. Je ne sais pas comment. C’est Dieu qui décide de tout ça. Moi je ne faisais qu’obéir à mon corps”. Oui, ce corps qui nous dépasse, nous entraîne dans des abysses que lui seul connaît, cet ensemble de chair, de sang et de nerfs qui bouillonne, fulmine et décide de lâcher son dard sans crier gare. Oui, Bouchaïb était pris au piège de sa chair qui lui demandait plus qu’il ne voulait ou pouvait donner. Et pourtant comment dire non, comment se rebiffer, refuser d’obéir ? Sodome et parfois Gomorrhe. En 1987 Bouchaïb est arrivé malgré tout au baccalauréat. Il est alors âgé de 24 ans. Oui, c’est possible puisqu’il était aussi un redoublant, un cancre presque, un dernier de la classe qui grappillait des points en plusieurs années alors que le reste des élèves passait l’année haut la main. A vingt quatre ans, d’autres sont déjà enseignants sans être des génies, lui il a pris le temps de suivre son rythme. “je n’étais pas fait pour les études, lâche-t-il écoeuré de tout ce temps perdu, un sourire nerveux sur les lèvres. C’était clair dès le début, mais je ne pouvais pas laisser tomber. Il fallait aller au bout”.
Au bout de lui-même, c’est-à-dire redoubler presque toutes les classes, revenir chaque année à la case départ, la honte au front. Et c’est là l’un des drames de cet homme. Déjà jeune, il devait apprendre à biaiser avec la honte et l’image qu’il se renvoyait à lui-même. Puis avec les jours et les nuits qui défilaient, il a fallu surtout faire en sorte que la honte cesse, soit transmuée en autre chose de presque inqualifiable. Alors arrivait le temps de l’alcool. Il y noyait son remords, faisait couler sa honte par les goulots et s’oubliait dans l’étanchéité de l’esprit. Comme si un compartiment de son être était impénétrable. On fait table rase de ce qui dérange et on s’occupe du présent, du maintenant, du plaisir : “c’était ce qui m’aidait à oublier que j’avais raté beaucoup de choses. Je buvais beaucoup à El Jadida, sur les rives du fleuve, avec les copains et on draguait les minets”. Et sur le chemin de la perdition, il découvrit les plaisirs de Sodome, de la chair masculine. Il avait un studio qu’il louait à peu de frais, se mit à y recevoir quelques bambins qui partageaient ses après-midi et ses soirées. Il préférait les garçons de treize ou quatorze ans, à la fleur de l’âge et s’arrangeait d’abord pour les inviter à prendre un pot, une bière fraîche, leur offrait à manger avant d’aller au lit. Il dit : “à cette époque, c’était toujours bien, car j’avais toujours un ami avec moi”. Et il nous décrit sa vie de jeunesse, à El Jadida, où “les touristes venaient dans cette ville car ils y avaient des amis. Toute ma clique allait avec des hommes. Ce n’était pas mal vu et même que certains gagnaient des sous en passant des nuits avec des touristes”.
El Jadida était et est toujours avec Azemmour la capitale, entre autres régions chaudes du Maroc, du plaisir et des nuits chaudes. On imagine des gosses pris dans les filets d’hommes plus sûrs d’eux, qui laissent voir de beaux billets de banque flambant neufs et qui étaient prêts à payer des sandwichs au merguez à tout le monde. La tentation est grande et les gamins se font la main ou autre chose et décident de ne plus passer à côté de “la belle vie”.
Bouchaïb laissait-il transparaître une pointe de nostalgie en se remémorant ses années de joie et de grande débauche ? A en croire ce visage constamment fuyant, ce regard absent, cette bouche torve et tordue, sans dents, rien n’est moins sûr. Plutôt une grande amertume et la honte, cette même sensation d’être sale sur laquelle il reviendra souvent. “Après, quand j’avais décidé de tout arrêter, je me sentais toujours en proie à un sentiment étrange de saleté et de malaise, s’épanche-t-il acculé pendant un moment face à la mémoire. Je ne savais pas pourquoi, d’ailleurs je n’ai jamais compris ce que j’avais”.
Toute une vie jusqu’à l’âge de trente ans à faire les 400 coups avec des mômes, des adolescents appâtés qui se laissaient toucher sans trop de résistance, tantôt apeurés par leurs propres réactions, ce corps qui se laisse aller devant la chaleur montante et incontrôlable, tantôt effarés par ce corps d’adulte rougi à blanc qui haletait et poussait des soupirs d’outre-tombe. Le souvenir du lycée Moulay Bouchaïb, qui lui rappelle son propre nom sanctifié par le dos tourné au savoir, est loin derrière. C’est plutôt un mauvais souvenir, une page que l’on tourne et que l’on oublie.

Le flic et le pouvoir

De 1987 à 1990, ce sont les années folles, les années sombres, les années du danger , les années de la chair qui se consume sous des feux venus des entrailles. Bouchaïb est alors au summum de son art, il est le maître de son patelin, l’homme qui frappe et qui tourne le dos, l’émir pédophile qui ne pense plus à rien d’autre. “Je n’avais que cela et le temps à tuer. Je passais des concours pour trouver du boulot, sans succès. Ma famille commençait à s’inquiéter mais elle ne se doutait de rien du tout. Tout se passait dans le secret et sans violence”. Mais où débute celle-ci et où finit-elle si jamais il y a une fin à la violence ? Inutile d’attendre une réponse de la bouche d’un homme aux multiples amnésies. Il ne sait plus dire que deux mots : honte et prière. Honte de tout et prière pour se laver de tout. Le chemin facile vers la rédemption ! Encore faut-il savoir où il mène et de quelle expiation il s’agit ? Lui, ne sait encore rien sauf ce que son corps continue de lui susurrer dans la noirceur des jours : “tu as pêché et tu dois trouver un moyen pour te faire pardonner. Alors prie Dieu et tais-toi”. Mais le silence n’arrange pas les choses puisque très vite dans le quartier, les langues se délient et on commence à douter des fréquentations de ce jeune chômeur qui n’aime que les garçons. Parce que les filles étaient toujours de simples monnaies d’échange, des pièces de rechange, des sauf-conduits pour tromper le sort. Le flic et le pouvoir.
Puis, au fil des mois de cette vie décousue qui allait durer trois ans, où sans travail, vagabond, il allait errer dans la nuit totale, toucher le fond, racler l’amertume des êtres, Arbad Bouchaïb devint peu à peu violent avec ses partenaires, glissant dans la vague des plaisirs durs. Il ne séduisait plus mais il chassait les hommes, prenait un malin plaisir à choisir une proie difficile, qu’il asservirait mieux, la victime qu’il terroriserait pendant de longues heures, parfois de longues journées car beaucoup de ceux qui tombaient dans les filets du futur policier devaient endurer un calvaire qui durait trois, quatre ou même sept jours… “Non je n’ai jamais été violent. Non, jamais.” Il n’en démordra pas. Il jurera ses grands saints qu’il y allait doucement, tout en misant sur le verbe mielleux et les gestes gentils. Pourtant, il y a eu des plaintes pour violence et séquestration de gamins, retenus malgré eux dans une chambre où ils devaient voir défiler derrière eux, sur eux des hommes, la moustache bien en place et la barbe rasée la veille. “Les gens ont gonflé les événements. Je n’ai jamais dit que je ne sautais pas les mômes, mais je n’ai jamais frappé ni retenu qui que ce soit malgré lui. Ce sont des mensonges. Et c’est cela qui me fait le plus mal. Parce que moi, je n’ai jamais joué le jeu de tout nier en bloc, j’ai toujours dit ce que j’avais fait, mais je ne peux pas accepter que l’on me mette sur le dos tous les autres crimes que je n’ai pas commis”. Là, l’homme change, le visage brunit, le regard se lève à peine et la bouche tremble sur le vide sans dents. Il crie presque et refuse encore une fois de lever les yeux et de nous dire en face, les yeux dans les yeux, qu’il était presque innocent de certains crimes… Le pédophile va à El Jadida, un beau matin de l’année 1990 et passe un concours pour intégrer les services de la police. Il réussit. Miracle.
Le paresseux de la classe, celui qui a usé les bancs de classe à force de ne pas vouloir trop changer de classe, enlève le concours et se voit promu à un autre rang social. Quelle transition dans la vie d’un type qui se prenait pour un looser sauf quand il était en train d’allécher un môme avec une gorgée de bière et un beau sandwich ! Policier ! Quelle fierté pour la famille qui croit que le gosse perdu avait trouvé une voie à suivre. On est donc rassuré : “j’étais heureux et je me disais que ça y est, il fallait tourner une page. Je voulais couper avec les anciens amis qui étaient toujours là à vouloir m’emmener avec eux pour draguer, faire d’autres coups.” Cela sonnait faux, il y avait quelque chose dans la voix qui ne collait pas aux mots, leur donnait une teinte tronquée. Et si c’était là que le pédophile, devenu flic, pensait faire carton plein ? Et si c’était à ce moment-là que la porte de la joie avait ouvert grands ses volets ? Et si c’était la griserie du pouvoir naissant qui lui donnait des ailes pour aller ramener du beau gibier sans casquer ? Et si encore c’était l’uniforme, le bel uniforme de monsieur l’agent qui allait désormais faire tout le boulot, les préliminaires et tout le reste ? “Oui, les gens ont dit après le procès que j’usais de ma position pour faire peur aux gens, les menacer de ne rien dire pour continuer à faire mes trucs. Oui, tout le monde peut le penser, mais ce n’est pas vrai ”.
Pourtant là encore, il y a eu des enfants qui avaient attesté avoir été menacés, avoir eu peur de cet uniforme synonyme pour eux de silence, de mutisme absolu même devant Dieu le jour du grand jour. Pourtant, il y a les familles qui accusent, les voisins, les copains, les connaissances, d’autres flics, bref, la coupe était pleine et Bouchaïb le saint en uniforme voulait la vider sans sourciller.
Trois années de bons et loyaux services pour aller défoncer le sort, lui rouler des yeux, lui casser la gueule de temps à autre et s’il n’était pas content lui dire d’aller voir la police !!! Bouchaïb assure, se fait un beau tableau de chasse avec d’autres copains qui eux aussi trouvaient leur compte dans cette promotion presque pré-écrite qui leur assurait une vie de plaisirs interdits sans se faire du souci, puisque la police c’était aussi eux ou presque puisque l’ami des grands coups, des nuits à fourrager dans les nacelles de l’adolescence, était monsieur l’agent que tout le monde saluait, le respect dans le regard.
Les garçons tombaient facilement, impressionnés. “Oui, même après avoir endossé l’uniforme j’ai continué à sortir avec des garçons, mais je voulais arrêter. Il y avait juste les anciens copains qui ne me laissaient pas tranquille”. Il paraît que dans ce tas d’anciens amis de fortune, il y en avait un qui le menaçait de tout dégoupiller s’il ne le laissait pas ramener des gamins chez lui, dans sa chambre, dans la maison familiale, avec la mère, les sœurs et les frères juste là derrière la porte ne se doutant de rien. “Oui, on m’a menacé de tout dire, alors j’ai cédé des fois. Il m’est arrivé de partir au travail en laissant des amis avec des garçons dans ma chambre”. On imagine cette famille dont l’un des fils est un policier. Alors plus personne n’a plus le droit d’ouvrir la porte sacrée de sa chambre. On n’ose même plus faire de bruit de peur de déranger monsieur l’agent qui peut piquer sa crise et rouspéter qu’on l’a dérangé alors qu’il était occupé à résoudre un sérieux problème de désordre public !!

La chute est dure, monsieur l’agent

“j’avais trouvé une bonne place à la Cour d’appel d’El Jadida. J’avais une vie bien, de bons collègues qui ne savaient rien de ce que je faisais jusqu’au jour où c’est tombé comme une malédiction”. Bouchaïb est de ceux qui pensent que le mal finit toujours par éclater en petits morceaux pour éclabousser d’abord celui qui l’a fait et puis tout le reste, l’entourage, la famille, les amis… A cette époque, Bouchaïb, sachant qu’il était un peu sur le fil du rasoir, voulait masquer le tout par un mariage. Il décide alors de se marier avec n’importe quelle épouse qui fera office de vitrine sociale, de succédané en cas de crise : “Il n’y avait que le mariage pour calmer les choses. Cela m’aurait permis de tourner peut-être la page”. Il espérait balayer le passé, les gamins, les jeunes éphèbes qui venaient remplir son lit, les nuits de beuverie et de plaisirs charnels. Une femme ? Pourquoi pas. Il n’y a pas meilleure couverture sociale pour tuer le doute, calmer la curiosité des autres, biaiser encore une fois avec la vie. Entre temps, les petites frappes à gauche et à droite faisaient leurs petites besognes comme si de rien n’était.

Le début de la fin

Bouchaïb assurait le logis et les copains ramenaient des enfants, des adolescents chez lui. C’est par une matinée pas comme les autres en 1993 que tout devait éclater au grand jour : “deux copains sont venus me voir avec d’autres gamins. Ils m’ont dit qu’ils voulaient faire la java. J’ai accepté et on a fait la fête. Mais le lendemain il a fallu que j’aille travailler. Je les ai laissés à la maison, dans ma chambre. Ils y sont restés quelques jours. Puis ils sont partis. Moi, je ne me doutais de rien. Je pensais que c’était comme toutes les autres fois où l’on avait fait ça avec d’autres types. Mais c’était cela le début de la fin”. Parce que dans le tas des gamins qui y sont passés ce soir là et les autres trois jours de sexe intense, il y avait un gosse qui n’avait pas la conscience tranquille ou qui avait très peur de ce qui venait de se passer. Il rentre chez lui, déballe tout à la famille, raconte les nuits de sodomie dans les détails, évoque le flic en uniforme chez qui tout s’est déroulé… La famille qui voit de très près que le corps de son enfant avait légèrement changé, porte plainte et la police se saisit de l’affaire. “On a arrêté un des copains qui était chez moi l’autre nuit avec ce gamin qui a tout raconté. Il a tout avoué et les flics sont remontés jusqu’à moi. Et c’était là, la la honte de toute ma vie. Ma famille ne savait plus où se mettre, le quartier parlait, mes collègues policiers me regardaient de travers. C’était ma fin”. Dans le quartier on se rappelle encore de cette histoire que l’on détaille comme si c’était hier : “oui c’étaient des fous qui enfermaient des gosses et leur faisaient des choses pas bien”, raconte une voisine qui en savait long sur toute cette histoire. On nous montre alors la maison de l’un des gosses qui avaient précipité la chute de la bande à Arbad, mais le jeune homme était intouchable. Normal, c’est un lourd fardeau qu’il traîne sur le dos et qu’il voudrait garder pour lui tout seul : “non, rien à dire”. Sec, le visage noir de colère. Pas la peine d’essayer de savoir plus de choses auprès des autres familles qui sont venues un jour au tribunal avec leurs progénitures confondre les pédophiles. Arbad fut donc emmené par ses collègues qui ont travaillé avec lui et ne savaient rien de lui : “je ne savais pas où me mettre quand je les voyais venir pour m’emmener au tribunal. C’étaient tous des copains. Ils faisaient semblant de ne pas m’en vouloir, mais je savais qu’ils étaient très furieux”.
Pire encore, de passage au tribunal à El Jadida, c’est un juge qu’il connaît, qui le voyait toujours en poste au tribunal qui le juge. Arbad est laminé, découpé en millions de petits morceaux. La suite n’est qu’une succession de problèmes : “le mari de ma sœur l’a congédiée en lui disant qu’il ne pouvait garder pour femme une fille dont le frère est un pédophile”. Ce drame survenu à sa sœur le torture plus que tout : “non seulement j’ai foutu ma vie en l’air, mais celle de ma famille est entachée de honte jusqu’à la fin de notre vie à tous. Et vous savez ce que c’est au Maroc”.
Quand la police est venue perquisitionner chez lui, ils ont trouvé des cassettes pornographiques qui avaient participé à alourdir la peine. Arbad ne faisait pas dans le détail, mais aimait faire le grand show, offrir à ses potes de beaux exemples à suivre sur des bandes enregistrées. On trouve aussi une balle de pistolet, une balle appartenant aux services de police qui était restée dans son pantalon : “nous étions en stage et j’avais mis cette balle dans mon pantalon. Je l’ai ensuite oubliée jusqu’au jour où les policiers l’ont trouvée. Ceci a aggravé mon cas”.
Eh, oui, on a alors pensé à toutes sortes de théories : Arbad qui montre la balle à des mômes pour leur faire peur, Arbad qui l’utiliserait même pour ses petites besognes en jouant avec les corps des enfants, bref, tout un programme qui fait encore rire aujourd’hui dans le quartier. Dans le tribunal, les choses s’éclaircissent très vite. Bouchaïb sombre dans le mutisme alors que des dizaines de doigts le pointent. Ses copains avouent, lui, reste plongé dans son mutisme. Les familles sont là qui crient, les gosses sodomisés sont là prêts à raconter, lui, ne bronche pas.
Motus et bouche cousue jusqu’au jour du jugement dernier. Le juge est implacable. Peine de mort. Bouchaîb est dans le trou. Il le sait. Et quand il débarque à la Prison centrale de Kénitra, c’est là que la vie commence. “Dur, très dur. Les prisonniers savaient tout et me pointaient en disant que j’étais un sadique de première heure. C’était la galère au début. Maintenant, les choses sont plus calmes. Ils ont vu que j’ai changé, que je faisais toujours ma prière pour me faire pardonner, alors ils me laissent un peu tranquille”.
La prière va donc le sortir du trou ? Oui, il en est sûr. Il tente par tous les moyens de trouver le pardon, d’oublier ce qu’il a fait aux autres, d’autres garçons qui seront marqués à vie et qui pourraient mal tourner. Quand on lui pose la question, il reste muet. Puis tout à coup, il éclate : “personne n’a dit la vérité devant le tribunal. Non, personne”.
Arbad revient sur ses crimes encore une fois, en assume la plus grande partie et refuse encore d’admettre d’autres accusations. Comme si cela pouvait changer quoi que ce soit au fait que les victimes sont dix ou cent. Lui pense que c’est là toute la différence et vit avec l’idée qu’il n’était pas coupable à cent pour cent. Un arrangement comme un autre. Mais quand il se lève pour regagner sa cellule, il lève le regard vers le ciel puis baisse les yeux et dit qu’il est un peu en paix. Tant mieux.
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Published by Najib Abdelhak - dans Presse Maroc
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CoalitionsMaghreb

LE MAROC
Née le 10 octobre 2003, la Coalition Nationale pour l'Abolition de la Peine de mort au Maroc (CNAPM) rassemble aujourd'hui 7 ONG :

L'Observatoire Marocain des Prisons / L' AMDH / Le Forum marocain pour la Vérité et la Justice / L'OMDH / Le Centre pour les Droits des Gens (CDG) / L'association des barreaux d'avocats au Maroc / Amnesty International section marocaine.
LA TUNISIE
a également sa Coalition nationale contre la peine de mort, fondée à Tunis le 14 juin 2007 par 7 ONG de défense des droits de l'Homme et une centaine de personnalités des arts, du spectacle et des lettres.
article

 

 

 

 

 

L'ALGERIE
Le 10 octobre 2009, la LADDH (Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme) crée l'Alliance algérienne contre la peine de mort. Un premier pas vers l'abolition !

 

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Algérie, Tunisie, Maroc.
Qui abolira en premier ?

* L'Algérie est le seul pays arabe à avoir voté pour la résolution en faveur d'un moratoire sur la peine de mort adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 18 décembre 2007

* La Tunisie. Le président Ben Ali s'était engagé à ne jamais signer l'exécution d'un condamné à mort (interview du Figaro Magazine, nov. 2007). Le gouvernement de transition a annoncé qu'il allait signer le 2ème protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort .

* Le Maroc Le mouvement du 20 février demande l'application des recommandations de l'Instance Equité et Réconciliation comprenant l'abolition de la peine de mort. Le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH) mis en place par le roi en mars 2011 devrait agir en ce sens.  

 

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Etat des lieux de la peine de mort au Maroc (vidéo)  http://www.dailymotion.com/video/xl8sln_mustapha-znaidi-au-rassemblement-de-soutien-a-troy-davis-a-paris-21-09-2011_news 

 

TORTURE / Sur les 141 pays au monde accusés par Amnesty International de pratiquer la torture, le Maroc figure parmi les cinq États où la pratique de la torture est la plus systématique.

Hchouma !

 
Top 5 des pays exécuteurs : Chine (2400 exécutions!), Iran, Irak, Arabie saoudite, États-Unis  (2013). 
La Chine, l’Iran et les États-Unis ont constamment figuré sur la liste des 5 pays ayant exécuté le plus grand nombre de prisonniers depuis les six dernières années. La Chine est responsable, et de loin, du plus grand nombre d’exécutions.