RABAT - Le directeur des hebdomadaires marocains TelQuel et Nichane, Ahmed Benchemsi a dénoncé lundi, avant sa convocation par un procureur de Casablanca, "une offensive généralisée" contre la presse lancée par les autorités marocaines.
Pour sa part, Ali Amar, directeur du "Journal Hebdomadaire" a accusé les autorités de "terroriser la chaîne de production de la presse indépendante" après la décision de son imprimeur de retarder lundi matin l'édition de son magazine en attendant, selon lui, l'accord du ministère de la Communication.
Cependant, la directrice générale du ministère à "formellement et catégoriquement démenti avoir demandé ou reçu un tel exemplaire pour avis". "C'est absolument faux. Nous n'avons absolument rien demandé et rien reçu", a affirmé à l'AFP Fatiha Layadi.
Ahmed Benchemsi, interrogé samedi et dimanche durant vingt heures par la police, était entendu lundi après midi par un procureur du tribunal de première instance de Casablanca, a indiqué à l'AFP son avocat Me Youssef Chehbi.
"Même s'il s'agit de cas différents, nous assistons à une offensive généralisée contre la presse menée par les autorités qui font preuve d'une fébrilité extrême", a souligné M. Benchemsi.
Le gouvernement avait annoncé samedi la saisie de ses deux publications pour "manquement au respect dû au roi" et pour des articles qui "heurtent les sentiments des musulmans".
L'éditorial de M. Benchemsi, écrit en darija (dialecte arabe marocain) sur le mode de l'interpellation, critiquait les propos du roi Mohammed VI lors de son discours du trône prononcé le 30 juillet, concernant les élections législatives du 7 septembre.
"C'est vraiment le retour aux années 70 où toutes les publications marocaines devaient être soumises à la censure préalable", a affirmé pour sa part M. Ammar, après la décision de son imprimeur de bloquer durant une demi-journée l'impression du dernier numéro du "Journal Habdomadaire".
L'imprimerie Idéale à Casablanca imprime notamment les hebdomadaires TelQuel, Nichane et le Journal Hebdomadaire.
Interrogé par l'AFP, le patron de l'imprimerie Youssef Ajana a confié avoir envoyé "pour avis et par précaution" au ministère de la Communication un exemplaire du Journal Hebdomadaire, ce qu'a démenti le ministère. Il a ensuite, de son propre chef, décidé d'imprimer le magazine.
Le Journal Hebdomadaire présentait cette semaine un numéro spécial de 100 pages sur "un siècle de révolution sociale au Maroc à travers la photographie".
En outre, le directeur et un journaliste d'Al Watan al An, sont inculpés après la publication le 14 juillet d'un dossier intitulé "les rapports secrets derrière l'état d'alerte au Maroc", en citant des "documents confidentiels".
Le procès doit se poursuire mardi devant le tribunal correctionnel de Casablanca qui a maintenu en détention le journaliste Mustapha Hormatallah et laissé en liberté provisoire le directeur Abderrahim Ariri.
De plus, se poursuivra également mardi le procès du directeur de l'hebdomadaire Al-Ousbou, Mustapha Alaoui, poursuivi pour "diffusion, de mauvaise foi, de fausses nouvelles".
L'hebdomadaire avait affirmé le 6 juillet, à propos des négociations entre le Maroc et le Polisario sur le Sahara occidental, que le secrétaire général de l'ONU aurait dit avoir "été floué par la délégation marocaine", accusé un membre de la délégation de lui avoir volé son portefeuille et que les négociateurs étaient "des bâtards et des mécréants".
AFP / 06 août 2007 )
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